pray-for-paris

Se mettre debout

Vendredi soir, je suis restée prostrée devant la télé. À regarder l’insoutenable, à écouter, l’inécoutable. J’ai veillé avec effroi. Ça ne s’arrêtait plus. À chaque heure, son lot d’horreur. Je n’arrivais pas à aller me coucher. Comme si éteindre la télé, c’était les abandonner. Mais au milieu de la nuit, j’ai dû me résoudre à aller au lit. Pour eux. Mes trois anges, qui à l’étage dormaient paisiblement. Sans se douter que cette nuit, on avait frappé leur pays.

Je suis allée me coucher parce qu’au petit matin, ils m’appelleront, comme d’habitude. Et comme d’habitude je devrais me lever. Et c’est ce que j’ai fait, je me suis levée à 7h30, comme tous les matins. J’ai mis debout mes trois enfants. Mais ce matin-là, c’était tout un symbole d’être « debout » avec eux. Malgré la fatigue et la douleur dans mon cœur. Une douleur si grande, si présente. Tellement présente qu’elle devait se lire sur mon visage, sur mes traits tirés, dans mes yeux rougis.

Alors je leur ai dit. À 7h45 du matin, j’ai dû mettre des mots sur ma peine, sur ma peur, sur ma colère. Des mots pour un bonhomme de 4 ans surtout, mais aussi pour mes filles de 2 ans et 1 an. Pas facile de les trouver ces mots, mais tellement important pour leur confier le pourquoi de mon chagrin. Alors j’ai fait simple. J’ai demandé à mon fils si il se souvenait des gros méchants du mois de janvier. Et malheureusement, oui, il s’en souvenait. Je leur ai dit que d’autres étaient revenus. Qu’ils avaient fait beaucoup de mal à de gentilles personnes à Paris. Je leur ai dit aussi que Tata, Tonton et les cousins bien heureusement n’étaient pas chez eux dans le 11ème. Je leur ai dit que le chef de la France et la police allaient tout faire pour nous protéger et retrouver certains méchants. Ma fille m’a demandé si la police allait prendre des motos…

prayforparis

Et puis j’ai pleuré. Elle m’a demandé où j’avais bobo. Je lui ai dit au « coeur ». Elle a cherché. Je l’ai prise dans mes bras. Je l’ai serré un peu plus que d’habitude sans doute.

Eux ont joué, chanté ce matin-là. Et c’était bien. Je me suis réjouie pour eux de voir le hashtag #porteouverte en top tweet ou encore ces files d’attentes devant les centres de don du sang. Ces bougies aux fenêtres et ces photos de profils Facebook se parer du drapeau national. Je me suis réjouis pour eux de voir leur bibliothèque remplie de toutes sortes de livres, leur petit corps danser sur toutes sortes de musiques. Je me suis réjouie de les voir dessiner et parler librement même si le débat ne portait que sur leur playmobil préféré et le choix du prochain puzzle à assembler. Je me suis réjouie d’avoir mis au monde ces trois merveilles en France.  Parce qu’aujourd’hui, oui, j’ai peur, oui, je suis terrorisée, oui je pleure encore et encore les nombreuses victimes, oui je suis en colère devant tant de barbarie mais je suis tellement fière d’élever mes enfants dans un pays où ils pourront s’exprimer, vivre, aimer, rire, chanter, danser, peindre,… librement.

Alors je me lèverais tous les matins pour eux, je me mettrais debout chaque jour pour eux et pour toutes ces libertés que m’offre mon pays et que rien ni personne ne nous enlèvera.

Prenez soin de vous. Prenons soin de nous.

Shivamama

Enregistrer

0 Commentaire

Laisser un commentaire