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On ne te donnera pas de médaille parce que tu l’as fait toute seule

C’était il y a 4 ans. Dans un train corail, sur la ligne « Cherbourg-Paris ». J’avais un bidon de 4 mois, ma salopette de grossesse dans laquelle je débordais déjà, ma rousse de 8 mois, mon petit blondinet de 2 ans. On retournait vivre en haute-savoie, définitivement. PapaFakir y était déjà depuis un mois. Je traversais la France, seule, en 8h train dont un changement de train ET de gare à Paris, avec deux enfants en bas âge. Il était presque midi. Grosse poupoule avait faim, Yogiboy aussi. Elle avait fait caca (un sympa, pas celui jusqu’aux épaules, mais un caca quand même). J’essaie de lui changer sa couche sur le siège, en occupant en même temps mon « grand » de 2 ans. Avec le reste d’une couche sale en boule par terre, j’ai essayé de faire un biberon tout en sortant les sandwichs. J’ai foutu des tomates par terre que mon fils a mangé à même la moquette SNCF. YogiNenette commençait à grincher, j’ai tenté de nouer un bavoir en plantant en même temps une paille dans une brique de jus de fruit. J’ai mis du jus sur mon jean. J’ai coincé le biberon avec mon menton, mon bébé entre mon bidon et mes gros nichons de femme enceinte et je me suis attaquée de nouveau à ce maudit jus pendant que YogiBoy commençait à perdre patience. J’avais déjà tendance à vouloir jouer à Shiva. J’ai surtout baissé la tête pour être la plus discrète possible dans ce train. Je ne voulais pas qu’on me voit comme une cas soc’ avec ses mouflets qui galère. J’avais la peur d’une crise de larme de l’un d’eux. et des regards dans ce lieu clos. Mes enfants étaient plutôt sages. Mais moi, j’étais au four, au moulin et à la boulangerie. J’étais partout et nulle part à la fois. J’avais encore 6h de voyage. Je prenais sur moi.

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Là, une madame s’est levée. Une petite madame. La cinquantaine. Elle m’a proposé son aide. Elle voulait donner à manger à l’un de mes enfants. Et moi j’ai dit « non, c’est gentil, merci beaucoup ». Poliment. Pour ne pas la déranger; vous comprenez. C’était le 14 décembre 2013 et cette petite madame m’a dit une phrase qui a changé ma vie : « On ne va pas vous donner une médaille parce que vous l’avez fait toute seule ».  À la descente du train, il n’y aura pas de fanfare qui glorifiera ce voyage en solitaire avec enfants et gros bidon. Je serais juste fatiguée et contente d’arriver. Et c’était complètement crétin de refuser de l’aide. Alors je lui ai confié grosse poupoule qui a bu tout son lait et lui a roté sur l’épaule. Elle lui a donné sa compote, pendant que je mangeais avec mon fils. On a beaucoup discuté. Elle m’a expliqué comment elle avait élevé ses 3 enfants en demandant de l’aide. « Qu’est ce que tu risques ? Qu’on te dise non ? Et alors ? Tu trouveras quelqu’un d’autre ». Chaque semaine, je pense a cette femme (que j’ai bien entendu perdu de vue). Elle ne sait même pas comment au quotidien elle m’aide. Je n’hésite plus. J’admets ne pas y arriver parfois.

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On former une super équipe complémentaire avec PapaFakir (sous entendu : on pète un câble chacun son tour), mais si les gardes s’enchainent, si on subit une période de gastro qui nous flinguent les nuits, si je suis préoccupée, stressée : je m’enlise. C’est le cercle vicieux. Je suis fatiguée, je réagis mal, ils réagissent en fonction, on se prend la tête, ça monte en pression, ça commence à hurler, ça commence à pleurer, la culpabilité s’en mêle, l’auto-bashing, le mélo drame « je suiiiiiiiiiis une mère afffffffreuuuuuuuuuse !!! Siiiiii je suis une mère affreuuuuuuse JE TE DIIIIIS» . J’ai déjà appelé ma mère à 7h50 du matin, un week-end de garde, parce que j’étais à bout, pour qu’elle vienne m’aider. Je demande à faire garder mes enfants sans hésiter si je veux sortir pour m’aérer. Je demande des conseils. Au pire ? On me dit non. Parfois ma mère, mon frère, ma sœur ne sont pas toujours disponible. Et alors ? Je sortirai un autre soir, je prends sur moi encore un jour. Je décompresse autrement. Mais si l’aide est possible, disponible, volontaire comme ma petite madame, pourquoi je n’en profiterais pas ? Parce que ça fait de moi une maman nulle ? Qui ne gère pas ? Dépassée ? Je ne suis pas nulle (et vous non plus) mais oui je suis souvent dépassée. Je suis fatiguée. Et mes enfants méritent mieux qu’une maman fatiguée et dépassée. Je suis juste une petite maman qui fait de son mieux. Et vous savez quoi ? Faire de son mieux, à plusieurs, c’est VRAIMENT mieux.

Bonne semaine les yogis et bonnes fêtes à tous !

Shivamama

18 Commentaires

  • Maud 23 décembre 2017 at 10 h 03 min

    Qu est ce que vous me faites du bien avec vos articles ! Merci ❤️

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    • Shivamama 23 décembre 2017 at 11 h 24 min

      Merci à toi ! Vos retours sont tout aussi réconfortants.

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  • Marine 23 décembre 2017 at 10 h 14 min

    Et donc le jour où tu as besoin d’aide et que ta smala n’est pas dispo. Moi je le serai peut être alors hésites pas. Et j’ai bien dis de l’aide, pas du travail (non parce que Djouliane elle raconte que des bêtises)

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    • Shivamama 23 décembre 2017 at 11 h 24 min

      Hahaha c’est gentil. On lui pardonne tout à Djouliane aussi ! Quand elle nous fait son petit sourire

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  • Marianne 23 décembre 2017 at 11 h 08 min

    Je n’ai malheureusement ni famille, ni amis pour m’aider, c’est moi ou mon mari ou… encore moi !!
    Et quand on est tout les deux cassés et bien meme en rampant il faut y arriver. Mais dans mes rêves j’appelle ma mère pour qu’elle me file un coup de main, et ce serait vachement chouette d’avoir un peu de temps pour moi.

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    • Shivamama 23 décembre 2017 at 11 h 23 min

      Je pense aux mères célibataires, aux familles isolées souvent. C’est une lourde charge. Courage

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  • christine 23 décembre 2017 at 11 h 30 min

    ahhh c’est trop vrai.
    fieres a bras « pas de probleme je gèèère » et en fait c’est bien vrai… qu ‘est ce qu’on risque a demander sinon un « non »… malheureusement j’en connais une maman (moi avant) qui pouvait pas entendre un non et qui le prennais tellement mal… du coup je demandais pas, j etais trop fiere!!! n’importe quoi ! Car il n’y a aucune fierté, sinon mal placée, a tout faire seule… Heureusement cette époque est passée et effectivement j’hesite moins à demander.

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  • Claire Rêves de fripouilles 23 décembre 2017 at 11 h 51 min

    Comme tes mots raisonnent en moi ! J’ai longtemps demandé peu d’aide, malgré mes 4 enfants rapprochés. Et puis j’ai eu un accident de la route car trop fatiguée et 1,5 ans après je n’avais pas compris la leçon et j’ai trop fait et je me suis cassée bien comme il faut l’épaule (à ne plus pouvoir me lever ou m’asseoir seule…) bien obligée de lâcher prise et d’oser demander de l’aide, cela fait 10mois . Je demande de l’aide et j’essaye de souffler régulièrement car on ne me donnera pas de medaille en effet ! (Et souvent pas de reconnaissance) merci à toi pour cet article décomplexant et tellement vrai. Belles fêtes de fin d’année

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  • Emily 23 décembre 2017 at 13 h 21 min

    J’adore ton blog. Le ton, les sujets… la famille Shiva… Il y a une expression en anglais qui dit « it takes a village ». Ça reprend une phrase qui dit « it takes a village to raise a child ». En gros, ça fait réference au fait qu’on n’a jamais élevé un enfant seule, ou même à deux… mais que la famille, grands-parents, oncles, tantes, grands cousins et voisins, ont toujours fait partie de la « famille » qui permet d’élever des enfants et de les garder en vie, sains et saufs. C’est une phrase de sagesse populaire. Là où je vis on est plein de pièces rapportées sans famille à côté. Alors on se dépanne entre mamans, copines, voisines… et je dis souvent à mes copines (et à moi-même), quand on a l’impression d’être incapables d’élever nos enfants comme il se doit, en wonder mamans sans super pouvoirs : « les filles, tout le monde sait qu’il faut un village pour élever un enfant ! » ha ha !!! Et tout ça est tellement vrai ! Nous on se paie un bon budget babysitter, et je demande sans aucun scrupules aux copines de me seconder… tout comme je prends les enfants des autres à la maison dès que je peux. Faut bien le faire vivre ce village, et sans enfants il finira par mourir ! Continue à nous donner des nouvelles et ne change rien, tes tongs et converses jaunes, ton jardin potager (on en a un aussi), et tes 23 patates aux activités débordantes… ☃️

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    • Shivamama 23 décembre 2017 at 13 h 28 min

      Ta petite histoire est pleine de sens ! C’est exactement ça ! Merci pour ce gentil message ! Passe de bonne fête

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  • Marine 23 décembre 2017 at 14 h 13 min

    Et l’inverse est vrai ! Je suis ravie de dépanner mes copines en galère avec leurs gosses, du coup, je decomplexe quand je demande de l’aide

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  • Coralina 23 décembre 2017 at 15 h 32 min

    Ca fait du bien de lire ça, et ça fait réfléchir aussi. Je suis du genre de celles qui veulent tout faire toutes seules jusqu’à s’écrouler d’épuisement ou tomber dans le burn out. Incapable de déléguer, une calamité! Pourtant, cette dame a tout à fait raison, il n’y a aucune médaille au bout!

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  • Emilie 23 décembre 2017 at 21 h 17 min

    Quelle chouette rencontre dis-donc, ça te marque à vie une telle humanité.

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    • Shivamama 24 décembre 2017 at 0 h 10 min

      C’est ça. Au delà de m’être faite aider en tant que maman, cette femme a montré de grande valeur humaine. Ca donne la foi

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  • Nono 7 janvier 2018 at 13 h 58 min

    Hahaha jai ri (jaune mais jai ri!!) Ca aurait pu etre moi. Avec un seul mioche ..

    La difference etant qu après les « évenements » je me trouve mais teeeeeeeellement en echec que toute ma vie est un point dinterrogation
    La question cruciale est.comment faites vous pour y trouver QUAND MEME le recul qui puisse vous permettre d ecrire et de tourner en derision tout ça??
    Je suis sure que ca sauverait beaucoup de mamans au bord du gouffre (ou peut etre que moi mais ca compte quand meme non?)

    Merci pour ces.mots qui font du bien !!

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    • Shivamama 7 janvier 2018 at 14 h 00 min

      Mais je suis obligée ! C’est ma soupape ! Avant l’asile. En rire plutôt qu’en crever !

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      • Nono 7 janvier 2018 at 14 h 04 min

        :) continuez a me (nous) faire rire alors ! On de retrouvera surement à l asile !

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  • Charlotte123 29 janvier 2018 at 18 h 10 min

    La petite dame a tout à fait raison. En tant que parent, on a souvent peur que les gens nous jugent. Il est vrai que c’est parfois essentiel de se faire aider par quelqu’un. C’est compliqué de tout gérer seul. 

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